Un temps.

"Je t'arrose de soleil"

Un temps.

Tu dessines le soleil, rond parfait, sans fin, qui se démultiplie à l’infini. Trace aveuglante sous mes paupières, réminiscence sur ta feuille de papier. Contre la fenêtre, elle disparait, le soleil rejoint le ciel. De là-haut, il dépose goutte à goutte ses rayons sur ton bras, ta main, ton visage qui, ébloui de lumière, perd de sa matière, je ne devine plus que tes yeux et le petit sourire au coin de ta bouche. Tes bras se lèvent, je retrouve ton visage perdu dans leurs ombres, elles dansent, ton corps les suit et tu égrènes de tes mouvements le temps.

Un temps.

Un temps. Un balancement. L’ombre avance, tu ne recules pas. Pieds nus, tu sautes par-dessus le carré de lumière, tu tournes. Un pas, deux pas, tu entres dans le soleil sur la pointe des pieds. Tu lui fais face et ne laisses que ton dos comme interlocuteur à ton double noir. Tes talons regagnent le sol, ils hésitent puis, d’un même homme, se soulèvent pour faire oublier à tes jambes qu’elles sont terrestres. Je ne suis plus sûre de savoir où tu te trouves, tu t’échappes, j’ai un temps de retard.